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Encore une fois à bord de cette voiture-radio, mais avec mon équipage civil au complet,
avenue Duquesne, à proximité de l’ecole Militaire, nous croisons deux jeunes
gens montés sur un cyclomoteur. Nous ne les aurions même pas remarqués s’ils
n’avaient pas eu le mauvais réflexe de faire demi-tour à la vue de notre 403 décidément
si peu banalisée. Pour nous, même réaction, ils fuient, nous poursuivons. Je me suis toujours demandé pourquoi cette réaction provoquait tant de partipris
dans les commentaires d’avocats ou de journalistes, reprochant aux policiers ces
poursuites à l’issue quelquefois dramatique et imprévisible. La poursuite des malfaiteurs,
ou de suspects, ne serait-elle pas une mission de police ? La suite de cette anecdote en sera un exemple. Donc, ils fuient, sans savoir vraiment pourquoi, nous les poursuivons. Après
tout, c’est peut-être parce que nous croyons qu’ils ont volé l’engin sur lequel ils sont
montés ? Je passerai sur les péripéties de la chasse. ils tournent à droite, à gauche,
roulent sur les trottoirs, prennent des sens interdits et naturellement, ces risques que
nous ne prenons pas leur permettent de prendre sur nous une sérieuse avance. Un
instant perdus de vue, nous les retrouvons, à bonne distance s’engageant dans un
immeuble en construction dont la palissade, mal fermée au départ des maçons, leur
semble être une possibilité d’échapper à leurs poursuivants. Lorsque nous arrivons au même endroit, nous constatons que l’obscurité des
lieux est telle qu’il nous faut un éclairage. Nos voitures sont équipées de phares portables,
lourds et peu maniables, mais puissants. Nous nous engageons dans les travauxet remarquons qu’une fois entrés, aucune autre issue n’est possible. Nos lascars
sont donc encore là, d’ailleurs le cyclomoteur abandonné sur le tas de sable nous le
confirme. où sont-ils ? De faibles gémissements nous guident vers une cage d’ascenseur
en cours de montage destinée à desservir un ou deux étages en sous-sol. Pas de
palissade de protection, le faisceau du phare nous éclaire le fond du trou encombré
de gravats et surtout de fers à béton armé sur lesquels se sont empalés nos deux fugitifs. Les pompiers ont mis plusieurs heures pour les dégager. J’ignore ce qu’ils sont
devenus après leur séjour à l’hôpital. Bien que navré de ce dénouement tragique, je
n’ai jamais eu le sentiment d’avoir commis une faute cette nuit-là. |
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